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Cinq paires de skis sur la mer de glace. Un weekend de janvier à la Vallée Blanche et 20 kilomètres de bonheur !

  • 11 mai
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 mai

Il y a des sorties qui se planifient longtemps à l'avance, avec des tableaux météo, des créneaux de secours et des dossiers partagés. Et puis il y a celles-ci : une idée lancée un soir de décembre autour d'une fondue, un weekend de janvier bloqué dans les agendas avant même de raccrocher. Quand Marc, Jules, Sophie et Romane m'ont dit « on veut faire la Vallée Blanche ensemble », j'ai répondu oui avant la fin de la phrase.


Passage des crevasses en Vallée Blanche à ski

DÉPART=> Aiguille du Midi

ALTITUDE DÉPART=> 3 842 m

DESCENTE => 2 800 m

DISTANCE => 24 km


SAMEDI MATIN

L'arête de l'Aiguille 3 842 m


Samedi, 7h45. Le soleil n'a pas encore franchi les Aiguilles Rouges que nous sommes déjà dans la file d'attente du téléphérique de l'Aiguille du Midi. L'air est vif, mordant, parfait. Le ciel au-dessus de Chamonix est d'un bleu presque irréel pour un mois de janvier — ce bleu-là, les alpinistes le connaissent, celui qui annonce une fenêtre météo courte et précieuse qu'il ne faut pas gâcher.

Dans la cabine, les quatre sont debout contre les vitres, skis entre les jambes, silencieux pour la première fois depuis la veille au soir. La vallée rétrécit en dessous de nous. Les toits de Chamonix deviennent des points. Puis apparaît le glacier — blanc, immense, froissé comme un drap de lit géant abandonné entre les sommets.

Au sommet, le choc thermique est immédiat. Moins quinze degrés, le vent qui coupe. On enfile rapidement les dernières couches. Je procède aux vérifications d'usage : DVA allumé, sonde et pelle accessibles, skis bien chaussés, baudriers ajustés.


L'arête de l'Aiguille du Midi — quelques centaines de mètres à pied sur une lame de neige et de glace, quelques dizaines de centimètres de large par endroits, avec le vide de chaque côté. C'est là que la Vallée Blanche commence vraiment, avant même le premier virage de ski. C'est là qu'on comprend que cette course n'est pas une piste.


Marc, qui tient bien techniquement, passe en premier. Jules et Romane suivent sans hésiter. Sophie, en dernier, prend son temps — c'est bien, prendre son temps sur l'arête. Dix minutes plus tard, nous sommes tous en bas, sur la Vallée Blanche proprement dite, skis aux pieds, regard vers l'horizon de neige qui s'étend sur vingt-quatre kilomètres.


« C'est quoi ce truc ? C'est quoi ce truc ?! »


Romane, qui a déjà skié dans quinze stations d'Europe, n'avait jamais vu ça. Personne ne voit ça, vraiment, avant de le vivre. La Vallée Blanche ne ressemble à rien d'autre. Ce n'est ni une piste, ni une randonnée, ni une course d'alpinisme — c'est les trois à la fois, servis dans un écrin à couper le souffle.


Descente de l'arête de l'aiguille du midi avant de skier dans la Vallée blanche

SAMEDI — LA DESCENTE

La mer de glace et ses crevasses 3 200 m → 1 900 m


Après le court briefindf sur la sécurité du ski sur glacier, je prends la tête du groupe, à bonne vitesse mais sans excès. En janvier, la neige est souvent excellente sur la haute vallée — nous avons de la chance ce jour-là : une poudreuse travaillée par le vent du nord, dense et légère à la fois, qui chante sous les carres. Les quatre me suivent en éventail, chacun à sa distance, chacun dans sa ligne.

Marc et Jules sont les plus techniques du groupe. Ils virevoltent d'une ligne à l'autre, cherchent les bosses, prennent de la vitesse là où je leur laisse de la latitude. Sophie skie propre, efficace, dans un style de piste qui s'adapte bien au terrain. Romane, elle, découvre ce que c'est que de skier hors-piste pour de vrai — il y a dans ses virages une prudence nouvelle, une écoute du terrain qui n'existait pas deux heures plus tôt. La montagne apprend vite.


Nous traversons le plateau de la jonction avec attention. En janvier, les ponts de neige au-dessus des crevasses sont déjà solides, mais je les identifie un par un, je passe le premier, je valide. Le glacier vit, il bouge, il craque parfois sous les pieds — un son grave et sourd qui fait toujours lever la tête à ceux qui ne l'ont jamais entendu.


La pause déjeuner se fait naturellement sur un replat ensoleillé, à mi-parcours. Sandwichs sortis des sacs à dos, thermos de café brûlant partagé à cinq. En face de nous, les Grandes Jorasses dressent leur muraille de granit et de glace. Personne ne parle beaucoup. Il y a des paysages qui rendent les mots inutiles.


Ski de poudreuse en vallée blanche

SAMEDI APRÈS-MIDI

Les séracs et la sortie vers Chamonix 1 900 m → 1 035 m


La seconde partie de la Vallée Blanche est plus technique, plus resserrée. On entre dans le canyon de la Mer de Glace, les parois rocheuses se rapprochent, la lumière change. En janvier, la neige est moins transformée qu'en avril — on skie dans de bonnes conditions, même si les parties basses commencent à durcir là où le soleil n'arrive plus.

Le passage sous les séracs du Géant demande de la concentration. Je n'y explique pas le danger avec des mots — il se voit, il se sent. Les blocs de glace bleue entassés comme des immeubles effondrés. On passe vite, en silence, en file. Pas de photo ici non plus.

Et puis la neige se fait plus rare, plus grise. Les rochers affleurent. On porte les skis sur quelques dizaines de mètres — moment inévitable de la Vallée Blanche, rite de passage presque comique après tant de grandeur. Jules grommelle. Marc rit. C'est bien, la montagne, ça remet tout le monde au même niveau.

Le Montenvers apparaît. On rechausse pour les dernières pentes avant la gare. La descente finale, rapide, libérée — et soudain Chamonix, les voitures, les gens en doudoune qui ne savent pas d'où l'on vient.


« On refait ça demain ? »


C'est Sophie qui a dit ça, sur le quai du train du Montenvers, les joues rouges, les yeux brillants. On a tous ri. Et au fond, on savait tous que oui — pas demain, peut-être, mais bientôt. La Vallée Blanche, une fois qu'on l'a dans les jambes, ne vous lâche plus.

· · ·

DIMANCHE

Le lendemain, les jambes et la bière


Le dimanche matin, on s'est retrouvés au café de la place, courbaturés, heureux, les yeux encore plissés de l'éblouissement de la veille. Quelqu'un a commandé des croissants, quelqu'un d'autre a sorti son téléphone pour regarder les photos — celles de l'arête, celles du plateau, la vidéo floue de Romane dans la poudreuse.

On a parlé d'y retourner en avril, avec de la neige de printemps. On a parlé d'une nuit au refuge du Requin pour prolonger la course. On a parlé de beaucoup de choses, comme on le fait toujours après une belle sortie, quand la montagne a fait son travail et que les gens se retrouvent un peu plus soudés qu'avant.

C'est ça, la Vallée Blanche. Pas juste une descente à ski. Un weekend. Une mémoire commune. Un truc à raconter encore dans dix ans.

Si tu veux la vivre, tu sais où me trouver.

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